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> LE CONTEXTE > Les liens historiques > Les liens historiques entre la Normandie et les îles Anglo-Normandes


Les îles Anglo-Normandes et la Normandie ont des racines historiques, culturelles et linguistiques communes. Afin d´expliquer un peu plus en détails les liens qui unissent étroitement la « Normandie continentale » et la « Normandie insulaire », nous avons fait appel à un spécialiste : Mr François NEVEUX, Professeur d´histoire du Moyen Âge à l´Université de Caen Basse-Normandie, et Directeur adjoint de L´Office Universitaire d´Etudes Normandes (O.U.E.N.).
Il est à l´origine de nombreux ouvrages sur la Normandie, et est l´auteur du texte ci-dessous :

Les Îles anglo-normandes ont été partie intégrante du territoire de la Normandie entre 911, date de la fondation de la principauté, et 1204, date de leur rattachement à la couronne d´Angleterre. Ces Îles étaient peuplées par les mêmes populations que les régions côtières, actuellement situées dans le département de la Manche. La même langue était parlée dans les Îles et sur le continent. Il s´agissait d´un dialecte de la langue française, le dialecte normanno-picard, en usage de la Manche au Pas-de-Calais.

Sur le plan ecclésiastique, les Îles faisaient partie du diocèse de Coutances. L´évêque de Coutances a continué à y exercer son autorité spirituelle jusqu´à la Réforme. Plusieurs abbayes du diocèse étaient positionnées dans les Îles. L´abbaye du Mont Saint-Michel possédait deux prieurés-cures et d´autres dépendances à Jersey et à Guernesey, ainsi que deux domaines à Sercq et à Aurigny. Beaucoup d´autres abbayes normandes avaient également des dépendances dans les Îles. À Jersey, les patronages des paroisses appartenaient aux abbayes suivantes : Mont Saint-Michel, Cerisy [la-Forêt], Notre-Dame-du Vœu de Cherbourg, Lessay, Blanchelande. L´abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte possédait un prieuré (à Saint-Pierre) et avait le patronage de quatre autres paroisses (Saint-Hélier, Saint-Brelade, Saint-Jean et Saint-Clément). Les abbayes du continent pesaient donc d´un poids considérable.

Les Îles furent prises une première fois par les Français en 1204, lors de la conquête de la Normandie par le roi Philippe Auguste. Celui-ci ne réussit cependant pas à les conserver, en particulier à cause de l´action d´un curieux personnage, Eustache le Moine. Dès 1206, elles retournèrent dans l´obédience anglaise. Une seconde tentative eut lieu en 1215, après la mort de Jean sans Terre, mais les Îles durent être restituées en 1217. Lors du traité de paix signé entre Henri III et le roi de France Louis IX (Saint Louis), en 1258, la question des Îles ne fut pas abordée. Implicitement, cependant, le roi de France reconnaissait le fait accompli.

Au cours de la guerre de Cent Ans, il y eut une nouvelle tentative française. En 1338, Robert Bertran, seigneur de Bricquebec et maréchal du royaume, s´empara de Guernesey et réussit à maintenir une garnison au château Cornet pendant huit ans, jusqu´en 1346, date à laquelle Édouard III envahissait la Normandie continentale. Pendant la seconde phase de la guerre, les Îles se retrouvèrent à nouveau unies avec le continent, mais sous la houlette des rois d´Angleterre, Henri V et Henri VI (1418-1450).

Au XVIe siècle, les Îles adhérèrent à la Réforme protestante et à l´Église anglicane. Ce fut une coupure fondamentale sur le plan religieux, puisque la Normandie resta majoritairement catholique. Par la suite, des Français en rupture de ban avec leur gouvernement allaient trouver refuge dans les Îles. Pendant la Révolution, de nombreux émigrés s´y installèrent. Parmi eux, on peut citer paradoxalement l´évêque catholique de Bayeux, Mgr Joseph Dominique de Cheylus, qui fut inhumé à Jersey, dans le cimetière de Saint-Sauveur (St Saviour). Au XIXe siècle, Victor Hugo trouva lui aussi un asile à Jersey puis à Guernesey. Au cours de la Deuxième Guerre Mondiale, les Îles allaient subir le même sort que le continent, lorsqu´elles furent occupées par les troupes allemandes, de 1940 au 9 mai 1945. Depuis cette date, elles sont fermement rattachées à la couronne d´Angleterre. Le patois normand y est peu parlé, l´anglais étant devenu la langue dominante. En revanche, de multiples liens, économiques, touristiques et amicaux, ont été noués avec la France, et surtout avec la région de Basse-Normandie et le département de la Manche.


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Mondes Normands, ou le patrimoine normand européen (10-12ème siècle)